La maison ARTO a créé, d'après un dessin de Camille Pagé datant de 1886, un Laguiole droit particulièrement élégant. Camille Pagé est l'auteur d'une véritable encyclopédie des couteaux, en six volumes, intitulée La coutellerie, depuis l'origine jusqu'à nos jours, publiée de 1896 à 1904.

11 cm fermé, 20 cm ouvert, lame droite, manche à bec de corbin, il est (je cite la description sur le site ARTO) la "réplique du dessin officiel du couteau laguiole daté de 1886 de Camille Page, officier d’Académie" dans son " Traité sur la coutellerie moderne du XIX siècle".

Très proche de l'Yssingeaux et de l'Issoire par sa forme, celui-ci est plein manche à bec de corbin, en corne noire et blanche, à mouche forgée et quatre clous molletonnés. Bien que le manche droit soit assez fin, il est bien en main, l'annulaire venant se caler contre le bec de corbin.

Arto Laguiole droit Camille Pagé 1886

ARTO Pagé 1886

ARTO Pagé 1886

Comme je l'ai dit précédemment, j'ai été surpris de constater que sur mon Laguiole Rossignol aucune croix de berger n'était présente et que sur le Calmels, il s'agit d'une croix symétrique et non de la croix du berger, mon envie d'un beau "vrai" couteau de Laguiole a débouché sur la commande d'un 12 cm à lame acier au carbone (oxydable) et manche en cade, surtout après avoir vu cette photo : http://www.laguiole-benoit.net/images/produits/gr/pdt_12041412043835_gr.jpg

Voici une photo du mien, lame posée sur un morceau de bois pétrifié trouvé dans le jardin il y a deux ans :

 Laguiole Benoît l'Artisan

Dommage que vous ne puissiez sentir l'odeur, presque entêtante, du bois de cade !

Cherchant un couteau de type chasse, donc à lame plus large, après avoir longtemps hésité j'ai opté pour un Laguiole Chasse G. David, ou "Couteau Grande Nature Laguiole, manche aluminium avec inscrustation olivier de 12cm Arbalète Genès David".

J'aime beaucoup sa forme ramassée, l'association alu-olivier du manche a immédiatement attiré mon attention, et sa tenue en main est excellente. Théoriquement à ouverture "une main", la manoeuvre est cependant difficile sans l'aide de la deuxième main, le ressort étant assez ferme et le couteau de belle taille.

Laguiole Chasse G. David

Début mai 2002, quelques jours de vacances nous ont amenés, après un passage par le Périgord, dans l'ouest-Aveyron. Je ne pouvais décemment pas éviter un aller-retour à Laguiole avant de repartir en direction de Florac et de rentrer en Provence !

Surtout, comme je n'arrivais pas à bien aiguiser la lame en acier 440 de mon Laguiole Rossignol alors que je n'avais pas de difficultés avec d'autres couteaux, j'avais envie d'une lame en acier oxydable, comme celle de mes Opinel, que j'espérais pouvoir affûter plus aisément.

Ce jour-là, un vent glacial soufflait sur l'Aubrac ! et du coup, nous n'avons guère traîné à Laguiole, pas assez couverts pour y prendre du plaisir à nous y promener.

La lame de mon Laguiole Rossignol étant branlante, j'espérais retrouver la boutique où je l'avais acheté, afin de le faire resserrer, mais elle n'était plus où je l'avais connue et je ne l'ai pas vue ailleurs ! Je me suis donc débrouillé seul plus tard pour supprimer ce jeu...

J'avais précédemment fait quelques recherches et vu que Calmels proposait de telles lames en acier oxydable, celui de nos grands-pères... C'est donc chez ce coutelier que je me suis rendu pour y faire ma nouvelle acquisition. J'ai opté pour un 13 cm corne grise avec poinçon, sans me souvenir aujourd'hui si je l'avais choisi parce que je l'avais bien en main ce jour-là ou parce que le 12 n'était pas disponible ou ne m'avait pas plu. Quoi qu'il en soit, je dois avoir la main trop petite pour cette taille de manche, car je n'ai rapidement plus été à l'aise avec, et je ne l'utilise plus depuis bien longtemps. Il trône en décoration dans mon bureau, parmi la trentaine d'autres modèles divers !

Laguiole Calmels

poinçon ouvert :

Laguiole Calmels poinçon ouvert

Laguiole Calmels (vue de dessus)

J'en reparlerai plus loin : la croix n'est pas classique, elle est symétrique, alors que la "Croix du berger" est asymétrique avec un clou côté talon et trois côté lame :

Laguiole Calmels (le manche)

 

 

Vers le milieu des années 80, lors d'un séjour à Onet-le-Chateau, un beau-frère m'a fait découvrir Laguiole et ses couteaux, après une halte dans une auberge de campagne où nous avons dégusté un excellent aligot...

Je ne me souviens pas avoir entendu parler de ces couteaux auparavant !

Le nombre de boutiques était déjà impressionnant à l'époque, et nous sommes entrés dans celle de "Laguiole Rossignol", où s'était probablement déjà servi notre hôte, et où je me suis offert un 12 cm avec poinçon et tire-bouchon.

Hélas, au printemps 88, un visiteur bien intentionné, pendant que je surveillais l'impression bruyante de documents dans la pièce voisine, s'est introduit dans mon bureau sans que je m'en aperçoive et en est reparti avec ma sacoche contenant, outre ma paire de lunettes de secours et un beau stylo-plume tout neuf, ce couteau.

Il ne me restait plus qu'à envisager d'y retourner pour me réapprovisionner !

À l’époque, j'avais repris le vélo et, en août 89, nous avons fait un nouveau bref séjour à Onet-le-Château, à l'occasion duquel j'avais programmé d'aller, seul et à vélo, jusqu'à Laguiole en passant par Aubrac. Parti le 22 août vers 7h du matin, dans le brouillard, je me suis tout à coup retrouvé sur les petites routes de l'Aubrac, une vingtaine de kilomètres après Espalion, en plein chantier de réfection de chaussée : impossible de rouler sur les caillasses de terrassement, il fallait pousser le vélo, ce qui n'était pas simple avec les chaussures à cales automatiques !

Pire ! au bout de quelques centaines de mètres, un automobiliste croisé me lance : "bon courage ! il y en a pour dix kilomètres...". Fâché

Heureusement pour moi, ce n'était qu'une mauvaise plaisanterie, et un kilomètre plus loin, je retrouvais une chaussée carrossable. Mais dans l'histoire, j'avais perdu un sacré moment, et pour pouvoir être à Laguiole bien avant midi, il m'a donc fallu amputer partiellement ma boucle dans l'Aubrac, sans aller jusqu'au village d'Aubrac, coupant au plus court. Mais quel plaisir que ces petites routes ombragées et ces magnifiques bovins de race Aubrac qui, placidement, me regardaient passer !

Arrivé à Laguiole, je suis bien entendu retourné à la boutique Laguiole Rossignol acheter pour moi un couteau simple lame 12cm manche en corne blonde et lame acier inox 440, que j'utilise encore aujourd'hui à chaque repas, plus d'autres à offrir (contre la pièce symbolique... Sourire), avant d'aller remplir mon sac à dos de deux belles fouaces à la boulangerie pâtisserie toute proche. Après avoir refait le plein de mes gourdes à l'eau glaciale de la fontaine, direction Espalion pour une halte casse-croûte !

Laguiole Rossignol

Laguiole Rossignol (vue de dessus)

Vous noterez sur cette image du manche que ce couteau ne comporte pas la traditionnelle "croix du berger" !

Laguiole Rossignol (le manche)

Le vélo que j'utilisais ce jour-là avait des freins surpuissants destinés à nous ralentir lorsque je transportais sur son siège-bébé mon plus jeune fils, ce qui a failli me valoir une belle chute ! La route avait été refaite, un tapis d'autoroute ! et dans cette descente, probablement à près de 70 km/h, pour éviter une chute après le blocage de la roue arrière lors d'un freinage pourtant prudent avant un grand virage, je me suis offert un tout-droit qui s'est terminé dans un chemin de terre, heureusement sans croiser de voiture...

Après avoir "déjeûné" de quelques morceaux de fouace au bord du Lot, le plus dur de la journée a été de devoir remonter d'Espalion en direction de Rodez : 250 m de dénivelé sur cinq bons kilomètres, aux environs de 2h de l'après-midi, dur, dur ! J'ai bien dû mettre trois fois pied à terre pour reprendre mon souffle, et je suis enfin arrivé à Onet vers cinq heures de l'après-midi, cuit mais heureux : j'avais mon couteau ! Sourire